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Le Père Louis Sans
Louis Sans est né le 25/6/1921 à Lyon; il fait ses premières études au collège jésuite Ste Hélène et entre au Noviciat à 19 ans en 1939. Il a fait son premier séjour au CSF durant sa régence, de 1947 à 1950.
Entre les surveillances, de jour et de nuit - car il y avait alors des pensionnaires - et l'encadrement des colonies de vacances à Ras-el-Barr, les régents à cette époque travaillaient à plein temps! Après une année d'arabe à Bikfaya au Liban en 1954 et son 3ème an à Pomfret, aux USA, en 1955, il revient de nouveau au CSF où il commence son enseignement du français. il ne l'interrompra qu'à deux reprises : en 1959 lorsqu'il est "exilé" sur ordre du Gouvernement à Garagos pour avoir, en classe, jeté au panier un portrait du Président Nasser accroché au tableau noir par un élève, et en 1984 pour une année sabbatique durant laquelle il suivra des cours de recyclage à la Sorbonne, "pas très passionnants".
A part ces deux interruptions, le P. Sans a enseigné la classe de 2ème et 3ème Préparatoire, toute sa vie jusqu'à l'âge de 80 ans, en 2001. Jusqu'à l'arrivée de Mme Catherine Ratib en 1989, il a été responsable du français pour les 3 classes du Préparatoire; ensuite il s'est limité à la 3ème.
Silhouette frêle, tenue soignée, discret et silencieux, très ponctuel, proche de ceux avec lesquels il coopérait, extrêmement poli, vouvoyant ses élèves, n'élevant jamais la voix, il été véritablement "le professeur" de français que tous les élèves souhaitaient avoir en entrant en 2ème et 3ème Préparatoire et dont les parent rêvaient pour leurs enfants.
Il a rédigé et publié un bon nombre d'ouvrages pour cet enseignement à une époque où il était impossible d'importer des livres de France.
Durant les années 1965-70 il a beaucoup collaboré avec M. Brosse, alors coopérant au Centre Culturel Français avec les écoles de langue, pour la rédaction de ces ouvrages.
Presque toutes ces productions ont été diffusées et utilisées par plus d'une vingtaine d'écoles catholiques dans toutes l'Egypte durant des années et étaient donc éditées à des milliers d'exemplaires.
Les années 1965-80 ont certainement été pour l'enseignement du français au Préparatoire des années bénies, avec des hommes comme le P. Sans, le P. Lécuyer, Mme Magda Ibrahim et des coopérants comme Pascal Sevez et bien d'autres.
En collaboration avec Mme Samiha Adly Thomas, responsable de la bibliothèque du Préparatoire durant plus de vingt-cinq années, il encourageait les élèves à la lecture, la moitié de la bibliothèque se trouvait d'ailleurs dans sa chambre. C'est là que les élèves venaient chercher un livre et là qu'ils le rapportaient en présentant un compte-rendu de l'ouvrage. Et chaque année il organisait le concours du meilleur lecteur.
L'ombre du tableau fut l'absence de collaboration entre les différents niveaux au Collège. Le P. Sans a dû travailler toujours seul; le P. Fleury au Secondaire, Mme Catherine Ratib dans les 1ère et 2ème Préparatoires, chacun le laissait travailleur seul. Durant plus d'une dizaine d'années, il n'a jamais eu de réunion avec les professeurs de français des différents niveaux.
Après 2001, ne pouvant plus enseigner, le P. Sans va cependant continuer de recevoir des élèves pour les encourager dans leur lecture et les guider; il va également assurer très régulièrement la célébration de la messe quotidienne de 18h30 à l'église. Fidèle jusqu'au dernier jour. Atteint par la maladie de Parkinson, depuis des années, son état va empirer vers les années 2004; il décide de loger à l'infirmerie en 2005. Ne parvenant même plus à célébrer la messe en public - car ses oublis se multiplient de plus en plus - il décide alors de regagner la France où vit encore à Toulouse un de ses frères. Il obtient de ses supérieurs la permission de se retirer à Pau, dans une maison pour les jésuites âgés.
Il nous a quittés le 13 septembre 2006, seul, ayant refusé d'être accompagné. Le P. Nabil Gabriel a cependant pris soin de le faire prendre en charge de sa chambre du Caire jusqu'à celle de Paris.
Jacques Masson s.j.
| Père Maurice Martin |
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Ce numéro de Akhbar et Afkar sera dédié entièrement au Père Maurice Martin décédé le 26 décembre jour de la fête de la Ste Famille.
Né le 29 septembre 1915 au village de Desingy en Haute-Savoie, il fait ses études d’abord au Collège des P. P. Jésuites à Avignon puis les achève à Bourg avec un Baccalauréat de mathématiques. Il a deux soeurs. Son père : Joseph dit Beppi est peintre et vit une grande partie de sa vie au Caire où il fonde la maison des Artistes derrière la Citadelle. Il entre au noviciat des Pères Jésuites en novembre 1933 à Yzeure avec le P. Bouchet comme P. maître – il a 18 ans. De ses années de formation c’est surtout des deux années à Jersey qu’il parle le plus volontiers. Ordonné en 1947 en la fête de l’Assomption à la cathédrale de St Jean de Lyon par Mgr Gerlier , il achève sa théologie à Fourvière (Lyon) et fait aussitôt son 3ème an à Paray le Monial avec le P, Charmot comme instructeur en 1948.
Il est alors nommé en Egypte, au Collège de la Sainte Famille où il va enseigner – en même temps qu’au Pensionnat de la Mère de Dieu – la philosophie durant treize ans, ce qui lui valut son surnom de « philosophe » pour le distinguer de son homonyme, Maurice Marie Martin « le spirituel ». C’est à cette époque qu’il commence à sillonner toute l’Egypte avec des élèves leur faisant découvrir leur pays. Une excursion en bicyclette du Caire jusqu’à Saffaga demeure en particulier mémorable ; de poste en poste de gardes- frontières le long de la mer Rouge. Mais c’est l’initiative du P. de Bourguet qui va orienter son avenir vers ce qui deviendra sa spécialisation : les sites monastiques en Egypte ; et il faut ici lui laisser la plume : « Le P. du Bourguet alors en charge des antiquités coptes au musée du Louvre, me demanda (en 1964-65 ?) d’utiliser mes capacités de photographe pour relever des restes de peintures et décoration coptes dont il me donna une liste accompagnée des textes qui les situaient – ce qui me fit alors orienter mes excursions vers les sites monastiques, du Fayoum jusque dans la région d’Assiout. …je tirais des photos abondamment à mon propre usage. François Daumas, directeur de l’Ifao (Institut français d’archéologie orientale) en entendit parler et me demanda d’en projeter une série devant les pensionnaires de l’Institut, pour éveiller leur attention sur ce visage peu connu de l’Egypte lors de leurs recherches. Ce que je fis (1967) et qui provoqua un tel intérêt qu’on me demanda de publier un site et m’adjoignit Jacques Jarry pour en relever les inscriptions. Je choisis les laures et monastères de la région d’Antinoë, dont l’édition parut en 1971. Évidemment je dus alors rassembler et apprendre à utiliser toute une documentation historique, littéraire, archéologique…mais surtout ce travail me mit en collaborations étroite et amicale avec bien des pensionnaires de l’Ifao, archéologues coptisants, arabisants, papyrologues, etc… beaucoup plus savants que moi qui me recrutèrent pour explorer systématiquement l’Egypte avec des moyens intellectuels et techniques – les fameuses quatre-quatre – dont j’étais bien dépourvu. Il est difficile d’estimer l’apport des amitiés ainsi créé » [Itinéraire : notes rédigées en mars 2001] Entre temps, en 1963, il était devenu responsable de la bibliothèque de la Communauté du CSF ; il la servira, et elle lui servira de lieu de recherche, de travail, et… lui offrira l’occasion d’aider de nombreux chercheurs dans la rédaction de leurs thèses. Il y nouera de solides amitiés dont il recueillera les fruits en exemplaires de thèses pour la bibliothèque. De 1971 à 1992, cependant, il s’exile à Beyrouth où il va collaborer avec le CEMAM (centre d’études du Monde arabe moderne) et vivre toute une partie de la guerre civile qui ébranle le pays. Laissons lui encore une fois la plume pour expliquer ce départ vers le Liban : « Entre 1968 et 1969, la Compagnie entreprit ce qu’on appelait « le survey » où l’on nous demandait, à partir de l’évaluation de l’état religieux, culturel et social de nos régions, d’apprécier les services que nous rendions, leur adaptation et leur avenir. On m’en confia la responsabilité pour l’Egypte ; est-ce que ce fut là l’occasion de voir autrement (de plus haut ? dans son ensemble ?) ce pays que je parcourais par petits tronçons avec des intérêts plus restreints ? En tout cas, lorsque s’ouvrit à Beyrouth le CEMAM en 1970, on me demanda de la rejoindre pour y apporter la connaissance de l’Egypte et j’y restais jusqu’en 1982. A vrai dire, durant ces douze années, je ne quittais pas réellement l’Egypte puisqu’elle était l’objet de ma présence au CEMAM et que j’y disposais de moyens de recherche dont je n’avais guère auparavant l’usage : constitution de bibliographie et surtout lecture fichée de la presse quotidienne arabe, ce dont j’était bien incapable. Je consacrais aussi mon temps libre à l’Egypte, grâce à la richesse de la Bibliothèque Orientale : c’est ainsi que je pus publier en 1981 les œuvres de Claude Sicard dont m’avait confiée la charge Serge Sauneron, directeur de l’IFAO. Et surtout je revenais souvent et longuement « au pays », où nous continuions nos explorations avec les amis de l’IFAO, auxquels s’ajoutaient maintenant ceux du CEDEJ (centre d’Etudes et de Documentations Juridique et sociale) en plein développement et d’orientation proche de celle du CEMAM (même référence). Il revient donc en Egypte en 1982 en passant par une année de « retour » à Alexandrie, avant de retrouver le CSF et la bibliothèque. « Après 1983 – écrit-il encore – j’ai pu produire plus d’écriture, deux fois plus, qu’entre 1966 – date de mon premier article – et 1982. Conformément au point de départ, c’est l’Egypte chrétienne, le monde copte dans son histoire et son actualité qui est resté majoritairement dans ce travail » (idem) Que de routes parcourues avec lui ! Et, pour chacune l’occasion de découvrir des sites que, sans lui, je n’aurais jamais connus. « Rien ne presse, nous pouvons prendre une petite demi-heure ; tourne à la première à droite, il y a quelque chose à voir. » Ce pouvait être une forteresse pharaonique, une vieille église copte, un cimetière musulman les ruines d’un vieux monastère, un fort romain dans la montagne. Un voyage pour lui ne consistait pas simplement à partir pour arriver, mais c’était toujours l’occasion de profiter de l’occasion pour visiter quelque lieu jalonnant le parcours. Il avait une mémoire étonnante des lieux, nourrie par des yeux toujours en mouvement à guetter et observer, avec en mémoire ses multiples références livresques qui lui faisaient dire qu’il y avait peut-être ici ou là quelque chose à découvrir ou à vérifier. Ses dernières explorations, il les fit avec son ami Christian Décobert, dans le Delta égyptien, entre Abou Matamir et le monastère de Mar Mina, il y a cinq ans ; il était déjà très fatigué. Depuis deux ans, il a dû cesser toute activité, ne conservant que sa nombreuse correspondance avec ses nombreux amis, dont il suivait la vie spirituelle ou des chercheurs dont il encourageait toujours les travaux. Il s’est éteint le dimanche 26 décembre en la fête de la Sainte Famille à bout de souffle, sans avoir eu au fond, aucune maladie autre que la vieillesse – debout jusqu’à la fin. Cela c’est l’extérieur du P. Maurice Martin. Son parcours événementiel, Le fond de l’homme demeure secret. Il ne s’épanchait pas sur sa vie intérieure ; elle se manifestait par sa fidélité à sa messe quotidienne à laquelle il assistait – après avoir cessé de pouvoir la célébrer lui-même – chaque jour, jusqu’à la veille de sa mort, et, par ses nombreuses lectures spirituelles, orientées particulièrement sur des ouvrages d’exégèse de l’Ecriture. Silencieux sur sa vie intérieure, nous respecterons sa discrétion en nous unissant simplement à lui, maintenant, dans l’adoration de Celui à qui il a consacré sa vie avec fidélité. C’est le texte de l’homélie lue lors de la messe des funérailles du P. Martin.
Jacques Masson Le 27/12/2004 |
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