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Alexandre Jollien : relever le défi Ne jamais se laisser écraser, ne jamais dire : « Ma fich faydah » - Il n'y a rien à faire, je cale, j'abandonne ». Permettez-moi de vous recommander un petit livre, L'éloge de la faiblesse, que je viens tout juste de terminer. L’auteur, Alexandre Jollien, 27ans, est un infirme moteur-cérébral, handicapé donc à la fois physique et mental. Comme il ne peut ni marcher, ni fréquenter l’école, ses parents le placent dans une institution où on lui demande de rouler des cigares à longueur de journée. Passionnant, n’est-ce pas ? Un jour, il se dit : « Et si j'apprenais à marcher !? » On lui répond : « Mon pauvre garçon, tu ne le peux pas, tu es un IMC, comme on dit - infirme moteur-cérébral. » Et lui de rétorquer : «Non, je veux apprendre à marcher, je vais apprendre à marcher. » Il se met donc debout, quitte sa chaise roulante, et commence le long apprentissage de la marche. Après des mois d’efforts, il finit par marcher. Les voisins, habitués à le voir se déplacer en chaise roulante, sont ébahis de le voir passer à pied devant leur maison. « C'est lui ? C’est bien lui… Mais ce n’est pas possible ! » Eh oui, c'était bien lui. Grâce à sa ténacité, à son obstination, le « pas possible » était devenu possible. Quelques mois plus tard, apercevant certains garçons passer à bicyclette, il dit à son médecin : « Je voudrais bien apprendre à monter à bicyclette. » Réponse : « Ecoute mon garçon, tu as déjà réussi la prouesse de te tenir debout et de marcher. Remercie le Seigneur. Quant à monter à bicyclette, c’est absolument impossible, hors de question. » Alexandre refuse de s’incliner et relève le défi. Quelque temps plus tard, il passait chaque jour à vélo devant ces mêmes voisins ébahis pour rejoindre son centre. L'HOMME EST LE FILS DE L’OBSTACLE. Ce n'est pas tout. Car notre Alexandre a décidé d’aller à l'école et, malgré tous les arguments qu’on lui oppose, il le fera. Les débuts furent durs, car il sera accueilli par des moqueries. Vous savez, les élèves sont terribles les uns envers les autres. Cela me fait penser au collège Saint-Marc d'Alexandrie où l’on a ouvert il y a quelques années une section pour handicapés mentaux. Pendant des mois les enfants normaux disaient des autres : « Tiens, voilà les fous qui passent - al-maganin ». Jusqu'au jour où ils ont compris que c’étaient des êtres humains comme eux. Alexandre ira donc à l'école et, malgré les moqueries du début, il saura nouer des amitiés et dépasser son complexe. Finalement, - last but not least - il décide d’entrer à l’université, en faculté de philosophie, où il en train de terminer ses études. Ce parcours extraordinaire, véritable défi à la vie, est raconté dans le petit livre que je vous signalais, avec un humour, un équilibre et une simplicité bouleversantes. Entre autres réflexions, Alexandre parle du concept sartrien de réification – venant du mot latin, res, re, qui veut dire « chose ». Réifier quelqu’un, c’est le réduire à l'état de chose, d’objet ; c’est lui coller une étiquette, le figer dans ce qu'il est. Un handicapé est un handicapé, un point, c’est tout. Par ce label, on le classe pour toujours dans une catégorie dont on lui interdit de sortir. C’est une véritable condamnation à mort. Alexandre a eu le courage de la refuser. Les psychologues, à la suite de certains tests d'intelligence, lui ont attribué le quotient d’intelligence le plus faible de la classe. Par définition, il n’aurait donc jamais dû se lancer dans des études. Or, en affrontant successivement l’école et l’université, il osera défier toutes lois de la science et du bon sens. C'est pourquoi, il ne faut pas toujours croire les savants, les médecins et les psychologues (rires). Toutes mes excuses aux médecins et aux psychologues présents. Au nom de la science et de prétendus tests, on décrète péremptoirement ce qu'un tel pourra ou ne pourra pas faire. C’est oublier que l’homme cache en lui d’infinies ressources, de secrètes possibilités, qu’il suffira souvent d’un acte de volonté pour libérer. Dans la vie, il faut être capable de relever le défi et de dire : « Ils disent que je ne pourrai pas – eh bien moi je leur montrerai que je pourrai. » Alexandre aperçoit un jour une jeune fille rayonnante à la piscine publique. Ecoutez son récit : « Paisiblement, elle nageait sur le dos. Quel contraste avec son histoire, la plus atroce que j’aie jamais entendue. Elle avait vécu en Afrique dans un pays en guerre. Des soldats avaient envahi son village et découpé à la hache sa mère et son père. Ils l’avaient laissée au milieu d’un tas de cadavres sanguinolents les bras et les jambes coupés. Y a-t-il situation plus horrible ? Pourtant, à la regarder flotter, avec son sourire éternel, elle incarnait à mes yeux la joie la plus totale, une joie unique. Merveilleuse faculté d’adaptation de l’homme !… Les épreuves forment plus que les parfaites démonstrations d’éminents scientifiques ou de pédagogues engoncés dans leurs schémas… Il faut tout mettre en œuvre pour parvenir à tirer profit, même de la situation la plus destructrice. J’insiste sur les épreuves, parce que celles-ci restent inévitables. Rien ne sert de discourir, d’épiloguer des heures sur la souffrance. Il faut trouver des moyens pour l’éliminer et, si on ne le peut pas l’accepter lui donner sens. Il faut toujours se dépasser, sans cesse aller au-delà de soi-même, s’engendrer, parfaire ce qui est déjà réalisé en soi. Cette intuition revêtit très tôt une importance radicale. Le bonheur, s’il existe, s’oppose ainsi diamétralement à un confort quiet, tranquille, tiède. Il réclame une activité intense, une lutte sempiternelle ; il s’apparente à une plénitude désintéressée acquise dans un combat permanent. » Un tel texte se passe de tout commentaire. Il montre que l’homme n’est pas conditionné par son passé, ses déterminismes, qu’il peut les dépasser pour recommencer sa vie. Dire : « C’est comme ça, je suis ainsi fait », c’est se condamner à la stagnation, à la mort. |
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