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II – La dimension éducative La dimension éducative eut lieu dans la grande Salle des Conférences de Madinet Nasr, et, ce fut la partie maigre des festivités ! Le nombre des participants fut décevant. Lors de la séance inaugurale, une centaine d’élèves étaient présents et étoffaient un peu la salle, mais partis après cette première partie du Programme, le petit groupe restant se regarda un peu surpris dans cette immense salle qui pouvait contenir un millier de personnes, et au cœur de laquelle ils ne se retrouvaient qu’à peine deux cents présents. Mais cela faisait partie de l’aventure ! De nombreux intervenants avaient pourtant été invités : le P. Provincial : Fadel Sidarouss, le dr. Ahmed Gamal el-dine, ministre de l’éducation, M. Youssef Boutros Ghali, ancien du collège et Ministre actuel des Finances, Mme Fayza Abou-el Naga, ministre des relations internationales, épouse d’un ancien et mère de deux garçons, eux-mêmes anciens du collège, l’ambassadeur de France, ancien élève de l’Université St Joseph de Beyrouth, le dr. Anouar Abdel Malek, professeur de philosophie et membre du CNRS en France, ancien, le dr. Moustapha el-Feki , ancien conseiller du Président Moubarak, le dr. Aly Nassar, expert à l’Institut de Planification, le dr. Chibl Badran doyen de la faculté de pédagogie de l’Université d’Alexandrie , le dr. Mohammed Sayed Said, vice-président du Centre d’études politiques et stratégiques au Caire, le dr. Kamal Naguib de la faculté de Pédagogie de l’université d’Alexandrie, et d’autres que je n’ai pu noter. La séance inaugurale animée par Tarek Habib, présentateur à la télévision, et ancien élève fut ouverte par un petit mot du P. Nabil Gabriel. Il y rappela la naissance de la Compagnie de Jésus au XVIe siècle par St Ignace de Loyola, la fondation des collèges et l’orientation humaniste de l’époque avant d’aborder la fondation du Collège en Egypte et son développement. Il évoqua l’état de l’enseignement en ce temps : 36 écoles gouvernementales ne rassemblant que 4678 élèves, alors que les écoles catholiques allaient rapidement atteindre le nombre de 93 et rassembler 8916 élèves avant même la fin de ce 19e siècle. Puis il mentionna quelques anciens devenus célèbres, Mahmoud Fakhry Pacha, premier ambassadeur d’Egypte à Paris, Sésostris Pacha Sidarouss, premier ambassadeur à Washington, Said Zulficar, conseiller du roi Farouk, et, pour la période plus récente, Maître Amin Fakhri Abdel Nour, pionnier du parti Wafd, le ministre Wassef Boutros Ghali, l’ambassadeur Ahmed Maher, le célèbre présentateur de télévision Tarek Habib, le jeune acteur Khaled Sélim, le ténor Hassan Kami, le chirurgien Nagui Habib, célèbre pour ses transplantations du foie, dr. Chérif Bassiouni, professeur de droit pénal, le dr. Anouar Abdel Malek, philosophe et politicien, le journaliste Mohammed Abdel Koudous, et M.Youssef Boutros Ghali, ministre actuel des finances, présent dans la salle. Il acheva en rappelant le thème de la rencontre : «notre vision éducative pour l’avenir » Puis le Dr. Youssef Boutros Ghali et Mme Fayza Aboul Naga qui prirent la parole pour présenter chacun leur témoignage, l’un comme ancien du Collège et l’autre celui d’épouse et mère d’anciens élèves ; témoignages du cœur et de reconnaissance : « Les jésuites m’ont appris à travailler douze heures par jour et à avoir un zéro comme résultat ». L’ambassadeur de France leur succéda, puis l’ancien ministre de l’Education nationale – petits mots de circonstance et le P. Fadel Sidarouss conclut alors en présentant la pédagogie des Jésuites : « Ce qui fait le fond du travail des pères jésuites c’est qu’ils se veulent – comme tout religieux – des hommes de Dieu et par là « serviteurs de Dieu et des hommes » ; puis le P. Fadel cita la réponse du P. Lécuyer à qui l’on demandait comment il voyait son rôle au Collège, il répondit : « je suis Serviteur ». C’est ce désir seul qui amène les jésuites à consacrer leurs vies à l’éducation. La seconde partie de la matinée fut partagée en deux ateliers de travail. De très sérieuses études y avaient été apportées, mais en fait aucune conférence ne fut lue ; elles sont destinées à un travail futur, les deux ateliers furent simplement occasion d’échanges entre spécialistes de l’éducation. Dr. Moustapha el Feki mis en valeur la convivialité des écoles catholiques où les différentes religions vivent ensemble en une harmonie totale ; ce fut aussi pour le P. Henri Boulad, l’opportunité d’ouvrir des perspectives d’avenir sur un baccalauréat universel ou sur un développement de l’enseignement de la langue anglaise ; ouvertures auxquelles d’autres jésuites présents ne semblèrent que peu favorables. La discussion permit ainsi aux participants de découvrir avec plaisir, que tous les jésuites ne partageaient pas le même avis ni ne présentaient un front uni, comme ils l’auraient pensé d’après leurs expériences d’anciens élèves. En soi, la matinée fut d’un très bon niveau et, malgré son petit nombre de participants, d’une excellente tenue. III-La dimension culturelle. « La rencontre des cultures » Elle se déroula donc le samedi soir à 19h sur l’esplanade de la Citadelle, en plein air, sur la gauche de la grande mosquée de Mohammed Aly. On avait devant soi, la ville du Caire avec son quartier de vieilles mosquées : Al-Hassan, el-Rifa’i éclairées par la clair de lune (prévu en l’an 2000 et fidèle au rendez-vous !) Le P. Nabil qui craignait – après sa déconvenue de la matinée- de se trouver devant un auditoire clairsemé, fut heureusement surpris de voir que les organisateurs furent obligés de doubler le nombre de chaises prévues. Son mot d’accueil fut donc chaleureux, suivi par celui du président de l’association des anciens : le dr Khalil Nougaim et la présentation de la soirée par M. Hassan Kamy tous les deux anciens élèves. La première partie était assurée par la chorale « Cairo Celebration Choir » de l’Opéra du Caire et présentait la culture occidentale sous la forme de chants grégoriens : l’Adoro Te, l’Alléluia du 1er dimanche de l’avent ; Angelorum esca ; l’Ave Maria ; le Cum Angelis ; un autre Alléluia, le Gloria de la messe de Angelis, le O filii et filiae et pour finir, le Pater noster – c’était une atmosphère étrange que d’entendre tous ces chants grégoriens en plein cœur de cette cité musulmane et au centre de cette citadelle mamelouke. Vraiment : rencontre des cultures. Après un entracte qui permit de déguster des mézzés orientaux, la seconde partie fut plus appropriée à l’environnement. Un quatuor de chants religieux et de musique orientale avec accompagnement de luth et instruments de musique arabe, se mariant admirablement au décor. Enfin, la troisième partie vit se dérouler le spectacle de La « Tannoura égyptienne » ; les derviches tourneurs – l’islam soufi jusqu’à l’extase ! Le tout se terminant sur le coup de 22h, il ne fallait pas veiller trop tard pour se préparer à la messe du lendemain ! IV- La messe du dimanche 28 novembre La messe du dimanche matin fut indubitablement le point fort de toutes les festivités ; messe en rite latin, car la seule où les chrétiens de toutes communautés se retrouvent sans discrimination, et où les musulmans qui tiennent à se joindre à leurs camarades de collège peuvent se sentir uns avec eux, unis par une même culture, celle qu’ils ont acquise durant leurs études. La chorale « Prière Vivante » de la Basilique d’Héliopolis sous la direction de M. Rafik Attalah, professeur de mathématiques au Collège – l’Alléluia de Haendel, le sanctus de Gounod, des chants plus simples aussi, mais tous admirablement exécutés, et accompagnés par l’orgue de notre collège, restauré, sonnant juste, et que l’on n’avait plus entendu depuis des années. Miracle accompli ! L’église était pleine ; les anciens, des religieuses, des parents d’élèves – on du ajouter des chaises, les bas-côtés étant pleins et tous les bancs occupés. Dans le chœur, le P. Provincial présidait la messe, entouré de 4 jésuites anciens élèves du Collège : les PP Nabil Gabriel, Samir Khalil, Hani Rayès et Mounir Khouzam, et derrière eux, 5 évêques : Mgr Marco Broggi, Nonce Apostolique, Mgrs Joseph Dergham, maronite, Joseph Zeréi et Paul Antaki, grecs catholiques, Krikor Koussa, arménien et Antonios Aziz, copte catholique et les jésuites de la Région. C’est le P. Nabil Gabriel qui prononça l’homélie : « Nous sommes réunis ce matin dans cette église du Collège comme nous avions l’habitude de le faire du temps où nous étions élèves. A l’époque nous avions la messe du Collège qui nous rassemblait périodiquement pour prier ensemble….c’était notre manière de nous rappeler l’origine et la fin de notre vie, axée sur Dieu…..aujourd’hui, nous nous retrouvons encore toutes générations confondues pour rendre grâce au Seigneur à l’occasion de l’anniversaire de notre Collège qui célèbre ses 125 ans. …Demandons à Dieu tous ensemble et les uns pour les autres de protéger ce corps que nous formons, de lui permettre de croître et enfin de porter du fruit pour notre bonheur et celui de tous les hommes. » ….A la fin de la messe, l’hymne du Collège « Vers la demeure paternelle » à peine entonnée par la chorale, fut reprise par tous les anciens présents à pleine voix, et avec une émotion telle que beaucoup en pleuraient se retrouvant comme lorsqu’ils étaient enfants…c’était toute l’église qui chantait et c’était vraiment très beau et effectivement émouvant. V- L’assemblée dans la salle du théâtre Tous les anciens en sortant de la messe se rassemblèrent dans la salle du théâtre rénovée ; cela prit un certain temps, car dans la salle du «Médaillon» qui y donne accès, étaient exposées les 1200 photos d’anciens que le P. Nabil avait prises tout au long de ses rencontres toutes du même format et avec le nom et la promotion de l’ancien. Chacun se cherchait tout en découvrant ses anciens camarades de promotion. L’assemblée fut une évocation de souvenirs . C’est le doyen présent des anciens – Maître Amin Abdel Nour – qui ouvrit le feu en déclarant « Je suis jeune, il est vrai…mais la valeur attend le nombre des années » et d’évoquer quelques souvenirs de sa vie au Collège. Robert Solé – l’auteur du célèbre roman « Le tarbouche » lui succéda en énumérant ce que les PP. Jésuites avaient appris à leurs élèves : « Vous nous avez appris à lire, à écrire et à conduire. A lire, c'est-à-dire à savoir analyser un texte, le goûter en faire la critique ; en un mot vous nous avez appris à réfléchir. A écrire, c’est-à-dire, à trouver le mot juste, le rythme de la phrase, en une grammaire correcte – et ici, je dois rendre hommage au P. Sans (tonnerre d’applaudissements). A conduire, c’est-à-dire, à nous conduire ; vous nous avez transmis une échelle de valeurs qui fait que lorsque je rencontre un ancien «jésuitien », même si je ne le connaissais pas, je le reconnais tout de suite, et nous devenons très facilement amis, nous trouvant sur une même longueur d’ondes ». Un petit film pris au cours d’une interview à Mobile, Alabama, nous communiqua ensuite le témoignage du doyen de tous les anciens élèves : le dr. Henri Ratl – 93 ans – qui exerce encore sa médecine et fait toujours, dans ses temps libres, de la peinture – le grand oncle maternel du P. Nabil Gabriel. Nous pûmes le voir dans l’exercice de ses fonctions comme médecin, puis apercevoir quelques unes de ses peintures, avant de l’entendre recommander aux jeunes du Collège, car c’est là qu’ils acquièrent la formation qui les accompagnera toute leur vie et pourra faire d’eux « des hommes pour les autres ». VI- La photo géante. Une photo souvenir avait été prévue sur une estrade spécialement construite à cet effet, devant le bâtiment du Préparatoire, réunissant tous les anciens présents ce jour-là. Voir 850 anciens réunis en une seule photo est en soi assez impressionnant ! VII- La dimension festive Le dimanche en soirée, ce fût le dîner de gala à l’hôtel Marriott-Mirage sur la route de Katamiya, qui réunit les anciens avec leurs épouses en un formidable dîner de 1380 convives ; dîner suivi d’un bal dansant. L’ambassadeur de France présent n’en revenait pas : «Comment avez-vous fait pour réunir tout ce monde ? D’où viennent-ils donc ? » Mais impossible de s’asseoir, chacun allait, venait, embrassait un ami, un camarade de promotion retrouvé, en cherchait un autre et cela n’en finissait plus. Le P. Nabil du intervenir : « Cessez de vous embrasser, asseyez-vous nous voulons dîner ! » on s’asseyait donc, puis on se relevait en découvrant à une table voisine un visage que l’on reconnaissait et que l’on n’avait pas revu depuis des années, les années d’enfance. Puis l’on dansa, mais sur la piste, voilà que les anciens entonnèrent encore ensemble l’hymne du collège : « Vers la demeure paternelle.. » tout en dansant et en sautant sur la piste. C’était totalement hilarant et tellement joyeux et amical ! La soirée ne s’acheva que sur le coup de trois heures du matin. Le 125ème est terminé ! NON ! D’après le P. Nabil il ne fait que commencer ! Il y avait encore tant de choses à vivre et à faire pour tout commémorer, archiver, rédiger et communiquer. Ce n’était donc que les trois premiers jours qui s’achevaient ; on allait continuer et, comme avait dit le Dr Henri Ratl : « Ad multos annos ». PS : Il ne serait pas juste de fermer ce journal, sans se joindre à ce à quoi le P. Provincial : le P. Fadel avait invité les anciens, lors de l’assemblée générale dans la salle du théâtre, féliciter et le remercier le P. Nabil Gabriel pour tout ce qu’il avait fait pour cet anniversaire. Car le P. Nabil – c’est bien connu – fait tout lui-même, seul et sans le dire à qui que ce soit, ou presque. Or, lorsqu’on prend conscience de tout le travail fantastique effectué, seul, pour ces trois jours de festivités, on ne peut qu’admirer et faire, ce qu’effectivement les anciens ont fait : se lever et applaudir longuement. Merci, P. Nabil ! Jacques Masson s.j. |
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